Le constructeur suédois Saab a dévoilé un concept grandeur nature de drone de combat furtif et supersonique, l'A3-001, capable d'accompagner le chasseur Gripen. Une annonce qui résonne jusqu'en France, où le successeur du Rafale se cherche encore.

L'A3-001, le concept de drone de combat furtif et supersonique dévoilé par Saab en août 2026. © Saab
L'A3-001, le concept de drone de combat furtif et supersonique dévoilé par Saab en août 2026. © Saab

Lors du centenaire de son armée de l'air, ce week-end, la Suède a sorti le grand jeu à Malmen en dévoilant une maquette grandeur nature de son futur drone de combat, capable d'accompagner l'avion de chasse local Gripen dans les missions les plus dangereuses. Avec la promesse d'une vitesse supersonique, sa furtivité annoncée et son autonomie poussée, le constructeur Saab vise un appareil haut de gamme, loin des drones jetables à la mode. Comme nous l'apprend aussi Les Echos ce mardi, le futur aéronef a une sorte d'histoire commune avec la France, où le successeur du Rafale peine justement à décoller.

Saab A3-001 : tout savoir sur le futur drone de combat furtif suédois

Baptisé A3-001, le concept de Saab fait partie de son programme « Autonomous Collaborative Platform » (ACP), plateforme collaborative autonome. La maquette grandeur nature nous donne une vague idée de son futur rendu, mais c'est bien le démonstrateur A1, premier des deux prototypes volants prévus avant 2030, qui embarquera le réacteur General Electric F414 du Gripen E, bon pour environ 10 tonnes de poussée et des performances supersoniques. Ce serait une sacrée performance, puisque la plupart des drones de combat actuels misent sur le low-cost et le sacrifiable. Saab entend construire ici un véritable chasseur sans pilote, pensé pour durer et survivre à l'ennemi.

Dans le scénario imaginé par Saab, le pilote du Gripen E devient une sorte de chef d'orchestre, dans le sens où il reste aux commandes de son propre avion, mais pilote aussi à distance un ou plusieurs A3, qu'il envoie en éclaireurs dans les zones les plus dangereuses. Leur mission peut être de détruire les défenses antiaériennes adverses avant que le chasseur habité n'arrive, brouiller les radars ennemis pour le rendre invisible, ou encore frapper des cibles en profondeur, loin derrière les lignes ennemies. Et en soutien, on peut imaginer le soutien d'un avion-radar GlobalEye qui survolerait la zone à distance pour repérer les menaces et coordonner l'ensemble. Tout est fait pour qu'un maximum de risques retombe sur les drones, et non sur les pilotes.

Avant l'A3, deux démonstrateurs plus modestes, A1 et A2, doivent d'abord voler pour tester la furtivité, les matériaux et la soute à munitions de l'aéronef. Saab espère les faire décoller avant 2030, et ainsi ouvrir la voie à un appareil opérationnel « au milieu des années 2030 », à condition, précise l'industriel, que Stockholm valide officiellement le programme. On rappelle que la Suède a fait le choix de ne rejoindre ni le SCAF franco-germano-espagnol, ni le GCAP mené par Londres, Rome et Tokyo. Depuis son adhésion à l'OTAN en 2024, la Suède préfère miser sur sa propre souveraineté technologique, érigée en priorité nationale.

L'A3-001 de Saab, vu de face : une silhouette furtive taillée pour passer sous les radars ennemis. © Saab
L'A3-001 de Saab, vu de face : une silhouette furtive taillée pour passer sous les radars ennemis. © Saab

Un air de famille très... français

Néanmoins, le bijou technologique suédois est animé par plusieurs accents. Saab a en effet participé pendant près d'une décennie au programme nEUROn, le démonstrateur furtif piloté par Dassault Aviation et la Direction générale de l'armement (DGA), aux côtés de l'Espagne, de l'Italie, de la Suisse et de la Grèce. L'avionneur suédois y était notamment chargé du fuselage principal et de l'avionique, sous la houlette du Français Thierry Prunier, chef de projet, épaulé côté suédois par Mats Ohlson, une expérience qui irrigue visiblement l'A3 d'aujourd'hui.

Car pendant que Stockholm avance, Paris cherche encore la bonne formule. Le drone furtif censé accompagner le Rafale F5, annoncé en grande pompe fin 2024, se heurte toujours à l'obstacle financier. Oui, l'argent manque à ce stade, comme l'a lui-même reconnu le PDG de Dassault Aviation devant le Sénat cet été.

De quoi relancer une idée qui circule depuis l'abandon du SCAF franco-allemand : et si Dassault et Saab, déjà compagnons de route sur le nEUROn, retentaient l'aventure ensemble ? L'ambassadeur de France en Suède, Thierry Carlier, évoquait récemment un « ADN commun » entre les deux avionneurs, tandis que le général Jérôme Bellanger, chef d'état-major de l'armée de l'Air et de l'Espace, vante lui aussi un dialogue stratégique déjà bien installé entre Paris et Stockholm. Reste à savoir si cette histoire industrielle suffira à faire décoller, un jour, un projet commun.